C'est à ce moment précis que je me réveille, en sueur. Non pas parce qu'il fait trop chaud sous la couette. Non. Simplement parce que je viens de faire un mauvais rêve : celui où l'on viendrait à franchir trop rapidement la frontière entre certaines pratiques venues tout droit du secteur marchand et celles applicables au non-profit. Keldon.fr : c'était un mauvais rêve. ONG-scan.org : c'est la (mauvaise?) surprise du jour.
L'info m'est arrivée via la newsletter de l'AFF* hier, dans un article titré "La notation des associations serait-elle arrivée en France ?". On y explique la mise en ligne du site ONG-Scan. Connexion sur le dit-site. Les objectifs sont - en apparence - clairs : ONG-Scan se positionne comme étant "L'Observatoire de la bonne gestion des organisations sans but lucratif". Rien que ça. C'est ambitieux et louable. En théorie.Le communiqué de Presse diffusé le 25 février, disponible sur le site annonce la couleur : "Afin de mieux informer les donateurs et le grand public sur la gestion des organisations auxquelles ils contribuent, le site ONG Scan [...] permet aux internautes de consulter gratuitement les fiches d’évaluation de la gestion de 68 organismes, élaborées sur la base d’un référentiel de 15 critères financiers et de gouvernance."
Intéressant. Je continue la lecture du communiqué.
"Manifestement, les organismes de contrôles existants (Cour des Comptes, Comité de la Charte, Bureau Veritas), parce qu’ils sont sollicités, ne sont pas parvenus à informer efficacement les donateurs. En effet, le secteur non-lucratif est souvent perçu comme «pléthorique, mouvant, et [...] opaque» . Or, ce manque d’information et de confiance des donateurs explique en partie le niveau de don plus faible en France que chez ses voisins européens (2,7 milliards d’euros de dons en France ; plus de 10 milliards en Grande-Bretagne)."
Très critique et un peu rapide, cette analyse. En outre, la perception s'avère plutôt négative. On a l'impression de lire un mauvais article d'un mauvais canard, signé d'un mauvais journaliste qui n'a pas su faire son travail d'investigation.
"Dans ce contexte, l’évaluation déclarative, proposée pour la première fois en France par ONG Scan, est l’outil le mieux adapté pour concilier évaluation et diffusion de l’information au grand public. L’ensemble des informations servant de base à l’évaluation sont publics et ont été recueillies principalement sur le site Internet des organismes. L’évaluation réalisée est claire et transparente, car la méthodologie est intégralement disponible sur le site. De plus, n’ayant pas de relations commerciales avec les organismes évalués, le site ONG Scan bénéficie d’une totale indépendance vis-à-vis de ces derniers. Enfin, cette approche déclarative a permis d’évaluer le plus large panel d’associations et fondations référencées par un organisme de contrôle en France."
Problème : "L’évaluation réalisée est claire et transparente, car la méthodologie est intégralement disponible sur le site". Personnellement, j'ai lu la méthodologie et toutes les rubriques du site : c'est tout, sauf clair ! Et le site a pour prétention de s'adresser au grand public...
J'ai beau lire dans une des rubriques qu'un des principes est de "Comparer ce qui est comparable", le principe du site repose lui-même sur des comparaisons et des notations d'éléments non comparables... en considération d'organisations différentes par leur taille, leur structure, leur nature, leurs missions. Les comparateurs de prix ne viennent jamais à donner des résultats mélangeant des chaussures de sport, des brosses à dents ou des voyages en Turquie. ONG-Scan, qu'on le veuille ou non, induit une notion (perverse) de comparatif et de classement. On est, in fine, pas loin du comparateur de don. Dommage.
C'est du détail, c'est surprenant et je ne peux m'en empêcher : on découvre qu'un Comité scientifique "est chargé de promouvoir l’évaluation effectuée par ONG Scan." On ne doit pas avoir la même notion de ce qui est "scientifique". Comme s'il fallait donner du crédit à une telle initiative. Comme si la science excusait tout.
Au final, le résultat - au delà d'être décevant par rapport aux objectifs fixés par l'auteur - ne fait, à mon sens, qu'aggraver la situation dépeinte. Situation qui n'est pas si noire qu'annoncée.
Moi, j'aime les initiatives quand elles sont utiles et constructives, dans le non-profit comme ailleurs. Enfin, c'est juste mon avis.
> ONG Scan
> Lire également l'analyse de Matthieu
sur le blog des Agitateurs de la solidarité
> Lire également l'analyse de Matthieu
sur le blog des Agitateurs de la solidarité
4 commentaires:
Merci pour ta réaction.
Nous considérons qu'un donateur profane est difficilement capable de lire et de comprendre un bilan comptable ou un CER présentés par l'association à laquelle il contribue.
Comme Internet permet de donner une proximité avec le donateur, c'est pourquoi nous avons voulu apporter une grille de lecture afin de les rendre plus accessibles à tout un chacun.
Le comité scientifique, comme les nombreux échanges que nous avons avec les instances et les partis prenants du secteur, poursuit des démarches pour enrichir l'évaluation.
Je trouve l'initiative louable mais le rendu...un peu moins. En effet Claude je partage votre impression de manque de clarté tant au niveau du fond...que de la forme. La difficulté sur ce type d'initiative est qu'à mes yeux on ne peut se permettre d'être approximatif ou de compléter les informations, l'enrichissement du site etc...par la suite. Sans juger à ce stade, il sera nécessaire de bien "vérifier" l'indépendance des membres du comité scientifique. Ce dernier se doit d'être totalement irréprochable et la mention stipulant qu'aucun des membres n'exerce "de responsabilités dans les organismes évalués par ONG Scan" n'est pas totalement rassurante. Sans jugement aucun - tellement ce dernier est irréprochable - il est toutefois de notoriété publique que l'un des membres semble être en phase de développement d'une initiative entrepreneuriale très proche du secteur associatif...
Allez, pas de mauvaise langue, il est temps qu'à l'instar d'un guidestar.org aux USA qui analyse 1,7 million de non profit, nous ayons nous aussi en France une initiative de "rating" digne de ce nom. L'internet a cela de terrible que ne survive que les meilleurs. Longue vie à Ong Scan
Je suis assez effrayée par ce type d'initiative... Je ne connais pas la personne qui a lancé cela mais d'après moi, elle n'a jamais dû travailler dans une ONG (et je ne parle pas de stage de fin d'année en école de commerce, entendons nous bien)
Pour imaginer que l'on peut comparer deux asso ayant des programmes différents, des modes de financement propres, leur propre culture...
C'est d'une telle naïveté (pour être sympa).
On sait bien que faire de la collecte pour les orphelins ou pour les prostituées n'est pas vraiment la même chose! Et c'est un exemple parmi mille...
En plus, certaines des asso "scannées" (brrr) se plaignent de trouver des erreurs...
Belle initiative! Très pédagogique!
Mais quel genre d'idéal poursuivez-vous? Quelle conception avez-vous du secteur à but non lucratif? Non, vraiment, je ne comprends pas.
Si la démarche se voulait vraiment didactique, elle ne procèderait justement pas à ce type de comparaison!
J'espère que la logique business là-dessous n'échappera à personne (c'est ce que le site s'empresse de nier, on rit bien).
En tout cas, le secteur SBL français n'a rien à voir avec celui des US. Ce qu'il s'y passe doit arrêter d'être perçu comme une anticipation du notre!
Merci Claude pour ton bon travail de veille et d'alerte!
C'est un plaisir de te lire.
Matthieu, le débat sur la évaluation déclarative des ong est très vive en Italie aussi (tous le bloggeurs sont intervenu dans ce débat ) mais on va s'adressé vers un modèle américain (charity navigator, intelligent giving, etc.) parce que-il a démontré un plus fort capacité de parler au grand publique, de créer de benchmark, de s'ouvrir a une multitude de ong (potentiellement tous) et non seulement a une petite liste de privilège. Au contraire aujourd'hui en Italie, la Comité de la charte italienne (Istituto Italiano delle Donazioni, IID) regroupe à peu près trente ong (qui doit payer aussi pour cette évaluation), la plus part petit, il n’y a pas communication suffis sur la charte et presque tout le jours on va répondre a des article sur le scandales des ong.
Seulement IlSole24Ore, le plus important journal financière italien a (tout le lundis) une rubrique sur les notations des ong et pour lire une comparaison il faut attendre le classement qui font IlSole24Ore même et Il Corriere della Sera. Mais le journalistes souvent n’ont pas les instruments pour évaluer les notations des ong, ils peut évaluer seulement 30, 40, 50 ong (une goute dans la maire des associations) et parles souvent des ong les plus connu.
Je connais pas la situation française (et je connais pas non-profit village) mais pour l’Italie j’attends un charity navigator (ou ong-scan ?).
A bien tot
paolo
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